Tirer la langue.

09 mai 2006

Alors il m’a demandé de tirer ma langue, et je l’ai fait, j’ai fait cela, tirer ma langue, tirer la langue au médecin, à lui, là , dans ce cabinet qui sentait l’éther et puis aussi, déjà , la mort, ma mort, celle que je ressentais dedans, dans le dedans de moi qui grossissait, grossissait autant que le silence qui retomberait après, après que l’on m’aurait laissé là , dedans la terre, cette terre à laquelle je pensais avec la langue tirée telle celle que tiraient les boeufs après que nous les avions abattus d’un coup de merlin, d’un seul, juste au milieu du front, à cette place un peu plate, chaude, où je posais ma main avant, avant que s’abatte le merlin ; telle celle que tiraient les boeufs lorsqu’ils tombaient d’un coup comme des marionnettes énormes dont on (mais qui ?) aurait coupé les fils ; lorsqu’ils tombaient alors que le cri d’effort sourd, lourd, du boucher, n’avait pas encore cessé de résonner dans la cour carrée de la ferme où nous nous tenions, et moi avec, et moi enfant, pour voir mourir la bête.