J'ai bien connu Mozart

J’ai bien connu Mozart. Enfin, quand je dis Mozart, je ne parle pas du musicien, celui d’avant, celui dont j’ai trouvé les disques à Auchan, non, je parle de l’autre, Mozart, le nôtre, le pochtron du PMU d’en bas qu’on appelait comme ça parce qu’il disait toujours qu’il était arrivé dans le quartier par hasard, et parce qu’avec ses dents pourries, nous, on entendait Mozart, ce qui fit qu’on a mis longtemps à comprendre qu’il n’était pas mélomane, qu’il n’était pas arrivé dans le quartier par Mozart , ce qui nous étonnait aussi, mais qu’il s’était juste laissé porter par sa vie, laquelle, si j’en crois les cuites qu’il tenait chaque soir, n’avait pas été des plus drôles, enfin, pas jusqu’à ce qu’il tombe dans la bouteille.

Parce que depuis, tout était rose pour lui et même, et même l’éléphant qu’il voyait au fond de l’arrière-salle, tous les soirs, éléphant dont nous ne parvenions pas à lui faire comprendre qu’en fait, il s’agissait juste de Nadine, la grosse Nadine qui, elle, ne descendait qu’un verre par jour, très lentement, tout doucement, en attendant on ne savait quoi, on ne savait qui, dans l’énorme bruit que nous faisions à nous mettre par terre à grands renforts de bières, de vins, de choses dont j’ai perdu les noms comme Mozart, maintenant, ses dents.

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