Tout ce qui mûrit…

« Tout ce qui mûrit se remplit de brigands » avait lancé de manière sentencieuse l’arbre qui me portait

Alors j’ai lutté de toutes mes forces pour ne pas grandir. Je me suis caché du soleil derrière des feuilles ou d’autres congénères qui se gorgeaient sans vergogne de soleil. Tout cela au prix d’innombrable contorsions qui affectèrent mon apparence. Je devins ainsi le Quasimodo de l’arbre. C’est que j’avais bien entendu, moi, les histoires de brigand ânonnées par un petit enfant qui aimait s’abriter à l’ombre de notre pommier pour lire ces pauvres livres effilochés. Ceux qu’il récupérait dans la benne de la bibliothèque municipale.

Je les avais écouté ces récits d’attaques, de meurtres et de viols perpétrés par des brigands sanguinaires sans foi ni loi. J’ai sentis l’enfant trembler à l’évocation de ces êtres fourbes et qui agissaient sans motifs. Ils dévastaient des villages et tuaient avec plaisir. J’ai même cru distinguer une larme sur les joues de l’enfant.

Voilà pourquoi j’ai préféré me dessécher plutôt que de devenir une belle pomme bien mûre mais guettée par les brigands.

(d’après l’incipit « Tout ce qui se mûrit se remplit de brigands »)

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