15 août comme d'habitude

Au final, je n’ai rien su de lui, rien gardé. Je n’ai plus que son image dans moi, qui s’efface lentement. Je n’ai plus que mes souvenirs, qui bougent encore un peu et finiront par mourir, eux aussi, avec moi, en même temps que moi.

Ca c’est passé comme ça, alors que nous en étions au traditionnel apéro du non moins traditionnel repas qui terminait le tout aussi traditionnel week-end du 15 août, celui que nous passions tous ensemble depuis si longtemps que je ne savais même plus quand cela avait commencé.

J’en étais à me demander si j’allais mourir d’ennui tout de suite, ou juste après les apéricubes, quand l’orage a éclaté dehors, si violent que nous sommes allées à la fenêtre pour voir cela. C’est là qu’il est arrivé, venant d’on ne savait où, courant sur le chemin sous la pluie folle. J’ai senti sa quête d’un abri, j’ai couru vers la porte pour l’ouvrir, pour lui crier de venir se mettre au sec. J’ai bien senti, à cet instant, les regards lourds des autres posés sur mon dos, leurs sourires en coin, ce qu’ils pensaient de moi à cet instant. J’ai fait comme si cela n’avait nulle importance, j’ai refermé la porte derrière lui, je l’ai regardé dans les yeux.

Ce dont j’ai souvenir ensuite est peu de choses : quelques mots échangés, un verre ou deux, le poids des habitudes avec les autres. Dans son coin, près de la cheminée éteinte, il me regardait sans cesse. Je n’ai pas saisi l’occasion.

Après, ça a été la fin de l’averse, le sol qui fumait, le soleil revenu. Il a fini par sentir qu’il était de trop. Il s’est levé, a remercié pour les verres, les rires, l’accueil. Je suis allée avec lui jusqu’à la barrière, me demandant à chaque pas si j’allais revenir dans la maison.

Je me suis arrêtée à la barrière. Il n’a pas bronché, a continué jusqu’à l’horizon. Quand je suis revenue, mon mari me servait un autre Martini.

Contrainte : de vieux amis réunis dans une maison de campagne pour le 15 août. Un importun est invité.