Massaba

Massaba tenait toujours mais son aspect avait changé. Aucun vent dans les étendards des portes de la ville, aucun troupeau sous les remparts, aucun message d’alerte à mon arrivée.

J’allais voir Chalem, j’espérais qu’il puisse encore parler. Je traversais la ville en m’efforçant de ne pas céder au vide et j’agitais ma crécelle pour n’y pas succomber. Chalem était chez lui et il m’avait entendu. Il me fit asseoir et fit un signe aux femmes qui disparurent puis revinrent, l’une apportant de l’eau et l’autre quelques fruits secs. « J’arrive de Tor et de Séhyr, dis-je, le mal est là-bas. Et maintenant ici. » J’attendais que Chalem parlât et sa voix n’était plus qu’un murmure.

« D’abord, me dit-il, les oiseaux ont quitté la ville et puis ce sont nos femmes qui on oublié leurs chants. et puis le vent n’a plus actionné la meule et puis l’eau s’est faite rare. Nous avons fait partir les enfants et aucun n’a crié ni pleuré. Le Silence, il est venu comme le plus terrible des vents du désert. »

Je regardais les femmes qui m’avaient oublié et l’étrangeté de leurs gestes maintenant que rien, ni les bijoux qu’elles portaient, ni l’étoffe qu’elle travaillaient, ne faisait aucun bruit. Massaba tenait toujours mais l’humanité muette, insolite et monstrueuse qui y survivait, n’était déjà plus dans les autres cités. Ailleurs chacun attendait que la vie cesse avec résignation.