Tous les articles par Xavier G

Massaba n'avait plus de raisons de vivre…

Massaba tenait toujours, mais son aspect avait changé. La belle femme qui croquait la vie et dont le sensualité brûlait de désir nos corps avait disparu. Massaba était faible. Personne n’osait dire décharnée. Notre idole se battait comme un démon contre la blessure, contre la gangrène et contre la vieillesse. Nous avions cru qu’elle serait immortelle à force de rester la même toutes ces années. Il n’y avait pas eu de combats de trop. Il n’y avait pas eu d’excès. Il n’y avait pas eu de risques inutiles. Massaba était tombée amoureuse. Jamais une telle folie ne lui était arrivée, elle, la femme forte et insensible qui jouait avec la vie. L’amour l’avait dévorée puis emportée dans des territoires inconnus. Elle s’était livrée sans crainte à la douceur des sentiments. Joie et jouissance se mélaient avec tonnerre pour le bonheur de tous. Puis l’homme avait ri avant de la quitter. Tous les élans vitaux de Massaba s’étaient arrétés. Nets. Nous étions tous tristes et désespérés de la voir s’enfuir du monde lentement mais sûrement. Nous étions prêts à la pleurer et à la suivre dans la mort. Chacun attendait que la vie cesse avec résignation.

contrainte : écrire un texte de 10 à 15 lignes complétant les deux propositions en italiques, tirées de La Tragédie du Roi Tsongor de L. Gaudé.

Un nouveau pour le 15 août

Je le trouve fascinant. En plus, il a une voix grave et chaude comme je les aime. J’ai eu des frissons.

Bon, je n’ai pas tout compris. Il a utilisé des mots compliqués. C’est époustouflant d’écouter toutes ces idées qui s’enchaînent si facilement. Je le trouve très intelligent.

Il est un peu brouillon, non? Ces mouvements désordonnés avec les bras, ils donnent le tournis. Du coup, j’ai décroché. Je suis sûre que c’est pour cela que je n’arrivais plus à suivre son discours si brillant. Je hochais bêtement la tête pour faire celle qui écoute et approuve. Il a dû me prendre pour une conne.

Il est bizarre avec ses cheveux, non? Vous ne pensez pas qu’il est homo? Il aime peut-être aussi les filles?

En même temps, son coté poseur qui se la joue intello cool et très proche du peuple, ça me gave! Je lui aurais bien mis une baffe! Par contre, son coté motard décontracté ne cadre pas avec le reste du personnage. J’avoue craquer pour son look de loubard attardé. Je me laisserais bien tenter par un tour en moto…

Contrainte: de vieux amis réunis dans une maison de campagne pour le 15 août. Un importun est invité.

Une histoire d'amour… sur le Parvis de la Cathédrale de Tours

Comment ai-je pu retomber dans l’illusion des amours d’été? Je ne veux plus continuer cette histoire sans avenir. Je ne dois plus. Je vais tout arrêter, c’est sûr, plus d’hésitations à avoir. Il est très mignon Alexandre mais si jeune, trop jeune pour moi. Sa naïveté et sa fougue pleine de maladresses m’ont conquis. Il dit que je suis belle, peu importe mon âge pour lui. Et pourtant, c’est mal! Je vais rompre mais comment lui annoncer?

Je dois faire simple et direct. Je ne supporte plus son enthousiasme juvénile, sa propension à briser les objets où à dire des bêtises sans sans rendre compte. Je fulmine encore plus quand il me dit de rester calme, de ne pas élever la voix et de comprendre qu’il a beaucoup de choses à apprendre. Je n’en peux plus d’avoir à le reprendre sans cesse et d’avoir à tout lui expliquer. C’est vrai qu’il ne peut pas tout connaître…

Je me suis laissée avoir comme une adolescente à cette fête de la musique. Il chantait faux mais avec une telle conviction et un tel regard de désir envers moi… Mais ce soir, je dois rompre, je vais essayé, je dois y arriver. Ce rendez-vous sur le parvis de la Cathédrale m’énerve, toujours ses idées pseudo-romantiques. Tours recèle pourtant d’autres lieux plus propices aux marivaudages et surtout plus discrets.

Finalement, ce lieu est une chance. Je dois en profiter pour y terminer notre histoire d’amour. C’est trop beau. Il faut que nous rompions avant le feu d’artifices du 15 août. Il s’imagine déjà une soirée langoureuse sous les étoiles filantes à attendre la féerie de fusées. Ce soir, 12 août, je dois être courageuse, dans 3 jours, j’ai 44 ans et cela je ne peux pas lui dire.

une histoire d’amour avec les contraintes avec les contraintes suivantes: âge (12 et 44 ans) ; événement (annonce de rupture), temps (12 août en fin de soirée), lieu (parvis de la Cathédrale de Tours) et caractères (colérique et maladroit).

Le troisième jour… elle l'attendait

« Le troisième jour, il est sorti vers dix heures avec une bouteille d’eau gazeuse et deux verres, un journal sous le bras ». Elle l’attendait sous le pommier avec son sombrero décoré de fruits exotiques. Sa pose sensuelle le troubla à nouveau. Il s’arrêta et la contempla.

Ils restèrent un moment à boire gorgées par gorgées, bulles après bulles, l’eau fraîche de la bouteille. Il n’ouvrit pas son journal. Il y avait cette bicyclette rouillée qui trônait dans un recoin du jardin. Non, ils ne pourraient pas se ballader. Plus il la regardait, plus il la désirait. L’instant d’une rêverie, il s’imaginait plume frôlant, glissant et se posant à des endroits choisis de son corps. Elle se leva pour s’asperger d’eau dans le bassin à nénuphars. Quelques éclaboussures dégoulinèrent sur sa poitrine.

Elle rompit le silence en évoquant l’anniversaire de sa mère. Sa voix brisa sa langueur et l’incarna en femme pratique, rêche. Elle évoqua un a un tous les détails d’organisation sans omettre la liste des invités. Elle semblait plus fuyante derrière son débit de mitraillette. Il percevait même l’agacement et une pointe de violence dans cette volonté paranoïaque de maîtriser le réel. Elle avait peur que quelque chose lui échappe. Après une pause, elle lâcha un soupir qui la métamorphosa en femme fragile qui, soudain, doute. Il se leva pour la prendre dans ses bras. Elle hésitait à se laisser aller. Son corps restait crispé. Il l’embrassa dans le cou. Il dit avec douceur qu’elle devrait confier cela à ses soeurs, qu’elle avait besoin de se reposer, qu’elle devait oublier ce qui s’était passé. Elle pleura doucement. Elle dit que l’image du pédalo le hante. Il voulu l’embrasser mais il se dit que c’était trop tôt. Leur histoire ne faisait que commencer.

(contrainte : continuer un texte commençant par « Le troisième jour, il est sorti vers dix heures avec une bouteille d’eau gazeuse et deux verres, un journal sous le bras. » En cours d’écriture, insérer les mots suivants, révélés peu à peu par le maître de cérémonie : bicyclette, plume, anniversaire, mitraillette, soupir, pédalo.)

L'imagination au pouvoir

L’image est une pluie de mots
qui reviennent sans cesse à notre mémoire
la pluie rêve de rire
ruban sonore de nos joies

sans le pouvoir des mots
il n’est point d’imagination fatale
simplement un crissement d’idées
nuées ardentes sans trajectoire

gong mortel de l’intuition
cette dilettante alliée de l’imagination
celle qui nous éclaire des possibles

contre l’abrupte arrête du pouvoir
la fantaisie s’insinue et se dandine
Contre-ut à notre quotidien

ces quelques rêves de travers
qui claquent l’évidence
sur le miroir enfin brisé de nos existences.

(d’après la phrase « l’imagination au pouvoir »)

Grr!

Grr!

Grr! quel temps grisâtre
Sur le green de Montmartre
Mais quelle lumière bleuâtre
Dans le mausolée de Jean-Paul Sartre

Grimé en Grr! me clown grimace
Dans l’impasse des Limaces
Alors que les trapézistes trépassent
Non d’un Grr! Sur l’Avenue des Tapas.

Grr! Les filles de joie se réchauffent en rogne
Sous les arbres ahuris du Bois de Boulogne
Alors que les clients avalent des bugnes
Au commissariat de la place des Vignes

Grr! Les péniches bariolées baguenaudent
Sous l’Avenue des Ribaudes
Alors que les avions vindicatifs se viandes
Sous les rires grinçants de la jolie Maude.

Grr!

Tout ce qui mûrit…

« Tout ce qui mûrit se remplit de brigands » avait lancé de manière sentencieuse l’arbre qui me portait

Alors j’ai lutté de toutes mes forces pour ne pas grandir. Je me suis caché du soleil derrière des feuilles ou d’autres congénères qui se gorgeaient sans vergogne de soleil. Tout cela au prix d’innombrable contorsions qui affectèrent mon apparence. Je devins ainsi le Quasimodo de l’arbre. C’est que j’avais bien entendu, moi, les histoires de brigand ânonnées par un petit enfant qui aimait s’abriter à l’ombre de notre pommier pour lire ces pauvres livres effilochés. Ceux qu’il récupérait dans la benne de la bibliothèque municipale.

Je les avais écouté ces récits d’attaques, de meurtres et de viols perpétrés par des brigands sanguinaires sans foi ni loi. J’ai sentis l’enfant trembler à l’évocation de ces êtres fourbes et qui agissaient sans motifs. Ils dévastaient des villages et tuaient avec plaisir. J’ai même cru distinguer une larme sur les joues de l’enfant.

Voilà pourquoi j’ai préféré me dessécher plutôt que de devenir une belle pomme bien mûre mais guettée par les brigands.

(d’après l’incipit « Tout ce qui se mûrit se remplit de brigands »)

Demain, je…

Demain, je m’envolerais dans une nuée de coton.

Et le ciel sera plus bleu qu’avant, plus grand qu’avant.

Pourtant je garderai toujours dans mon coeur le souvenir des heures passées ici, à Atlanta.

Ainsi songeait la vieille dame en crinoline, assise sous le porche de la véranda, au milieu du parfum des magnolias.

Est-ce qu’on peut rêver sa mort? L’imaginer comme sa vie, dans l’élément qui la nourrit. Scarlette, à 70 ans, rêvait de mourir dans le coton -drôle de rêve-, drôle de Scarlett.

Elle avait envie de savoir si le coton qui l’emporterait serait aussi doux que ses rêves -ou presque.

(texte tournant où chacun poursuit l’esprit du texte en cours. Quelques contraintes: 1ère phrase commence par « Demain, je » ; la 3ème phrase contient « pourtant » ; la cinquième phrase contient « drôle de rêve » et la 6ème phrase se termine par « ou presque »)

Dire une belle connerie…

(d’après une image)

Après mûre réflexion, je m’apprêtais à dire la plus belle connerie de ma vie. Alors qu’elle était là à me photographier dans la tendresse de son amour, j’allais lui proposer d’habiter en ville.

Nous tournions en rond dans cette maison de campagne avec son potager et son verger. Nous l’avions retapé et fabriqué de nos petites mains tous les meubles.

Nous venions de faire l’amour dans ce grand lit à baldaquin qui est juste devant mes yeux. Seul meuble acheté à la brocante du village. Nous vivions en autarcie avec ce bonheur niais qui illuminait mon visage à ce moment précis du déclic.

Mais je n’en pouvais plus, j’étouffais englué dans cette mélasse tranquille et béate. Je me rendais compte, comme le dit si bien J-P Belmondo, que la campagne m’emmerde. Le silence m’ennuie. J’ai diablement besoin du rock’n roll de la ville, du brouhaha des voitures et de l’effervescence des rues sans parler des bars enfumés.

Alors je lui ai dit. Sans discuter, elle m’a suivi et la semaine dernière elle s’est jetée sous un train. En regardant cette photo extraite de ses archives, je déteste mon air si satisfait et si sûr de moi.

Je me souviens…

Je me souviens de cette panoplie de Zorro reçu lors de ce Noël sur la plage de Deshais (Guadeloupe).

Je me souviens de mon premier rateau amoureux, comme un coup de poing dans le ventre…

Je me souviens d’avoir rêvé faire du ski nautique sans ski, délicieuse et fascinante sensation sous les pieds.