Archives de catégorie : Le troisième jour…

Continuer un texte commençant par « Le troisième jour, il est sorti vers dix heures avec une bouteille d’eau gazeuse et deux verres, un journal sous le bras. » En cours d’écriture, insérer les mots suivants, révélés peu à peu par le maître de cérémonie : bicyclette, plume, anniversaire, mitraillette, soupir, pédalo.)

Le troisième jour… elle l'attendait

« Le troisième jour, il est sorti vers dix heures avec une bouteille d’eau gazeuse et deux verres, un journal sous le bras ». Elle l’attendait sous le pommier avec son sombrero décoré de fruits exotiques. Sa pose sensuelle le troubla à nouveau. Il s’arrêta et la contempla.

Ils restèrent un moment à boire gorgées par gorgées, bulles après bulles, l’eau fraîche de la bouteille. Il n’ouvrit pas son journal. Il y avait cette bicyclette rouillée qui trônait dans un recoin du jardin. Non, ils ne pourraient pas se ballader. Plus il la regardait, plus il la désirait. L’instant d’une rêverie, il s’imaginait plume frôlant, glissant et se posant à des endroits choisis de son corps. Elle se leva pour s’asperger d’eau dans le bassin à nénuphars. Quelques éclaboussures dégoulinèrent sur sa poitrine.

Elle rompit le silence en évoquant l’anniversaire de sa mère. Sa voix brisa sa langueur et l’incarna en femme pratique, rêche. Elle évoqua un a un tous les détails d’organisation sans omettre la liste des invités. Elle semblait plus fuyante derrière son débit de mitraillette. Il percevait même l’agacement et une pointe de violence dans cette volonté paranoïaque de maîtriser le réel. Elle avait peur que quelque chose lui échappe. Après une pause, elle lâcha un soupir qui la métamorphosa en femme fragile qui, soudain, doute. Il se leva pour la prendre dans ses bras. Elle hésitait à se laisser aller. Son corps restait crispé. Il l’embrassa dans le cou. Il dit avec douceur qu’elle devrait confier cela à ses soeurs, qu’elle avait besoin de se reposer, qu’elle devait oublier ce qui s’était passé. Elle pleura doucement. Elle dit que l’image du pédalo le hante. Il voulu l’embrasser mais il se dit que c’était trop tôt. Leur histoire ne faisait que commencer.

(contrainte : continuer un texte commençant par « Le troisième jour, il est sorti vers dix heures avec une bouteille d’eau gazeuse et deux verres, un journal sous le bras. » En cours d’écriture, insérer les mots suivants, révélés peu à peu par le maître de cérémonie : bicyclette, plume, anniversaire, mitraillette, soupir, pédalo.)

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Le 3e jour, il est sorti vers 10h, avec une bouteille d’eau gazeuse et deux verres, un journal sous le bras.
Nous, on était toujours en planque dans une voiture pourrie, Rico butait sur ses mots croisés, et moi, je me demandais comment Emma allait réagir quand je lui dirais que j’avais encore perdu au jeu.
_ Bleu, et ça tourne, a dit Rico en plissant les yeux. Qu’est-ce que ça peut être, pour toi ?
Moi, les mots croisés, ça me gonfle, j’en fais jamais. Alors pour avoir la paix, j’ai dit :
_ Bicyclette.
_ Ah ouais, ça marche.
Sans compter qu’Emma avait prévu de s’acheter une robe pour le mariage de son frère ; elle m’en parlait sans arrêt de cette robe, mais avec quel argent est-ce qu’elle allait pouvoir l’acheter, maintenant ?
_ Tu verras, je la trouverais en un rien de temps, cette robe, m’avait-elle dit la veille. J’ai déjà le chapeau, alors…
Le chapeau en question, c’était une chose étrange, comme un tube qui aurait eu l’idée de se finir en plume violette ; moche, quoi. Mais bon, je tenais à ma tranquillité, alors la dernière chose que je lui dirais, c’était ce que j’en pensais, de son chapeau.
Mais la robe, il n’y avait pas moyen qu’elle se l’achète maintenant ; quel idiot j’avais été d’aller jouer chez Rico, au déjeuner ; je le savais pourtant, qu’il me plumait toujours. Mais c’était son anniversaire, et ça ne se refuse pas, de jouer avec un pote. Il faut bien s’amuser de temps en temps. Surtout quand on est coincé des heures dans une caisse pourrie.
Ce qui nous ramenait à notre gusse, dehors, qui lui aussi devait aller rejoindre un ami parce qu’il avait deux verres à la main. Quoique, une bouteille d’eau, c’est pas vraiment un cadeau.
_ Le bas du guidon permet de naviguer, a dit encore Rico.
Ça finissait toujours comme ça : c’était moi qui lui finissais sa grille. Il a eu le temps de se tourner vers moi, genre celle-là tu la trouveras jamais, avant que je repère que le gars dehors avait jeté son journal par terre. Et ça, si c’était pas un signal…
Les vitres ont explosé. Et merde, ai-je pensé en plongeant sous le siège, le coco nous avait repéré. La rafale a cessé presque aussitôt ; j’ai attendu un instant avant d’ouvrir la portière, toujours penché vers l’avant. La portière avait morflé ; ils y étaient allés à la mitraillette, les salauds.
Je n’ai pas entendu la portière de Rico s’ouvrir et c’était mauvais signe. A l’abri d’une poubelle, j’ai jeté un coup d’œil à notre caisse. Rico s’était affaissé contre le dossier ; il avait rendu le dernier soupir.
Dommage ; j’avais trouvé le mot qui lui manquait : c’était pédalo.

(Contrainte : début imposé : « Le 3e jour, il est sorti vers 10h, avec une bouteille d’eau gazeuse et deux verres, un journal sous le bras » ; puis introduction obligatoire des mots : bicyclette, plume, mitraillette, soupir, et pédalo (on ne sait pas quel sera le prochain mot obligatoire)

Le troisième jour…

Le troisième jour, il est sorti vers dix heures avec une bouteille d’eau gazeuse et deux verres, un journal sous le bras. Je l’ai regardé de derrière mes rideaux, j’ai pensé : « Tiens, le voilà qui ressuscite ». Ca n’a fait rire que moi. Normal. Je suis seule dans cette maison.
Lui, de l’autre côté de la rue, il essayait de monter sur sa bicyclette sans lâcher la bouteille, les verres, le journal. J’ai vu le moment où tout allait tomber, et lui avec. C’est arrivé. Il s’est étalé de tout son long et j’ai souri en pensant à la première chute du Christ : le chemin de croix recommençait peut-être, ça commençait à devenir intéressant.
Sur le goudron, il essayait de se relever, empêtré dans son vélo pourri, pâle comme les plumes nouées que j’avais senti une fois dans mon oreiller, et dont ma grand-mère m’avait dit qu’elles étaient la marque d’un envoûtement. Envoûtée, c’est sûr, je devais l’être, et depuis bien avant mon premier anniversaire, parce que j’avais accumulé depuis quelques gamelles, des gamelles de vie, un peu comme lui qui commençait à retrouver enfin ses esprits et son équilibre.
Il s’est remis debout. Les verres, la bouteille brisés faisaient des diamants sur le sol. Je l’entendais jurer à travers la fenêtre. Le journal s’envolait. Je l’avais lu ce matin. On y parlait d’une querelle vidée à la mitraillette dans les quartiers nord, ceux où je n’allais jamais, pas plus que lui, là, dehors, ahuri avec son guidon entre les mains, et son trop-plein d’alcool poussant des soupirs dans sa tête. On y parlait aussi, dans le journal, du monde qui se faisait sans nous, et c’était bien ainsi parce que le monde ne nous intéressait pas vraiment.
Il s’est stabilisé enfin sur son engin, et puis il est parti lentement le long du trottoir en poussant sur ses pieds sans pédaler, sans doute pour ne pas tomber. Je l’ai suivi des yeux, et puis je suis retournée dans ma cuisine.
Nous avions bien vieilli, lui sur son vélo, moi dans ma maison vide. Dire qu’il m’avait emmenée faire du pédalo jadis, quand nous étions enfants. Dire qu’il m’avait embrassée. Dire que je l’aimais toujours.

(contrainte : continuer un texte commençant par « Le troisième jour, il est sorti vers dix heures avec une bouteille d’eau gazeuse et deux verres, un journal sous le bras. » En cours d’écriture, insérer les mots suivants, révélés peu à peu par le maître de cérémonie : bicyclette, plume, mitraillette, soupir, pédalo.)