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Massaba

Massaba tenait toujours mais son aspect avait changé. Aucun vent dans les étendards des portes de la ville, aucun troupeau sous les remparts, aucun message d’alerte à mon arrivée.

J’allais voir Chalem, j’espérais qu’il puisse encore parler. Je traversais la ville en m’efforçant de ne pas céder au vide et j’agitais ma crécelle pour n’y pas succomber. Chalem était chez lui et il m’avait entendu. Il me fit asseoir et fit un signe aux femmes qui disparurent puis revinrent, l’une apportant de l’eau et l’autre quelques fruits secs. « J’arrive de Tor et de Séhyr, dis-je, le mal est là-bas. Et maintenant ici. » J’attendais que Chalem parlât et sa voix n’était plus qu’un murmure.

« D’abord, me dit-il, les oiseaux ont quitté la ville et puis ce sont nos femmes qui on oublié leurs chants. et puis le vent n’a plus actionné la meule et puis l’eau s’est faite rare. Nous avons fait partir les enfants et aucun n’a crié ni pleuré. Le Silence, il est venu comme le plus terrible des vents du désert. »

Je regardais les femmes qui m’avaient oublié et l’étrangeté de leurs gestes maintenant que rien, ni les bijoux qu’elles portaient, ni l’étoffe qu’elle travaillaient, ne faisait aucun bruit. Massaba tenait toujours mais l’humanité muette, insolite et monstrueuse qui y survivait, n’était déjà plus dans les autres cités. Ailleurs chacun attendait que la vie cesse avec résignation.

Massaba n'avait plus de raisons de vivre…

Massaba tenait toujours, mais son aspect avait changé. La belle femme qui croquait la vie et dont le sensualité brûlait de désir nos corps avait disparu. Massaba était faible. Personne n’osait dire décharnée. Notre idole se battait comme un démon contre la blessure, contre la gangrène et contre la vieillesse. Nous avions cru qu’elle serait immortelle à force de rester la même toutes ces années. Il n’y avait pas eu de combats de trop. Il n’y avait pas eu d’excès. Il n’y avait pas eu de risques inutiles. Massaba était tombée amoureuse. Jamais une telle folie ne lui était arrivée, elle, la femme forte et insensible qui jouait avec la vie. L’amour l’avait dévorée puis emportée dans des territoires inconnus. Elle s’était livrée sans crainte à la douceur des sentiments. Joie et jouissance se mélaient avec tonnerre pour le bonheur de tous. Puis l’homme avait ri avant de la quitter. Tous les élans vitaux de Massaba s’étaient arrétés. Nets. Nous étions tous tristes et désespérés de la voir s’enfuir du monde lentement mais sûrement. Nous étions prêts à la pleurer et à la suivre dans la mort. Chacun attendait que la vie cesse avec résignation.

contrainte : écrire un texte de 10 à 15 lignes complétant les deux propositions en italiques, tirées de La Tragédie du Roi Tsongor de L. Gaudé.

Massaba tenait toujours…

Massaba tenait toujours, mais son aspect avait changé. C’était devenu un champ de ruines, une scène d’apocalypse, quelque chose sans nom en fait, un cauchemar au sein duquel nous essayions de faire comme si chaque mur brûlé, chaque rue défoncée, chaque moignon d’arbre, et les devantures des magasins pillés, que nous avions peut-être pillés nous-mêmes d’ailleurs, dont nous avions oublié que nous les avions pillés, ne nous racontaient pas, cependant que nous allions d’un quartier à l’autre pour essayer de survivre, de faire semblant au moins ; ne nous racontaient pas la vie d’avant, les feuillages bruissant d’abeilles le long des avenues, les vieux assis tranquilles dessus leurs bancs, les rires des enfants dans les jardins, les cours d’école, les marchés du matin où nous trouvions des fruits, de véritables fruits alors qu’à présent, ce qui pendait des rares arbres épargnés était d’autres fruits, des corps en fait, des corps pourrissants dont il nous arrivait de penser qu’ils étaient d’abord de viande, de viande qui cuite peut-être… enfin des fruits, des corps, ceux des pillards justement pendus maintenant sans jugement, sans coup férir, parce que nous savions plus quoi faire pour éviter que tout explose, aille à vau l’eau ; ne nous racontaient pas ce qu’avaient été nos vies d’avant, avant tout cela qui était devenu presque normal, banal, quotidien certainement, ce qui faisait que nous ne faisions plus d’efforts, ne pensions plus que les choses pouvaient changer, redevenir telles qu’elles étaient dans ce passé qui se fondait lentement, chaque jour un peu plus, dans le grand rien du temps où nous allions aussi, certainement, nous fondre. Ainsi si Massaba tenait toujours, nous savions bien que ce n’était plus pour longtemps. Chacun attendait que la vie cesse avec résignation.

contrainte : écrire un texte de 10 à 15 lignes complétant les deux propositions en italiques, tirées de La Tragédie du Roi Tsongor de L. Gaudé.