Archives de catégorie : PP

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Massaba tenait toujours…

Massaba tenait toujours, mais son aspect avait changé. C’était devenu un champ de ruines, une scène d’apocalypse, quelque chose sans nom en fait, un cauchemar au sein duquel nous essayions de faire comme si chaque mur brûlé, chaque rue défoncée, chaque moignon d’arbre, et les devantures des magasins pillés, que nous avions peut-être pillés nous-mêmes d’ailleurs, dont nous avions oublié que nous les avions pillés, ne nous racontaient pas, cependant que nous allions d’un quartier à l’autre pour essayer de survivre, de faire semblant au moins ; ne nous racontaient pas la vie d’avant, les feuillages bruissant d’abeilles le long des avenues, les vieux assis tranquilles dessus leurs bancs, les rires des enfants dans les jardins, les cours d’école, les marchés du matin où nous trouvions des fruits, de véritables fruits alors qu’à présent, ce qui pendait des rares arbres épargnés était d’autres fruits, des corps en fait, des corps pourrissants dont il nous arrivait de penser qu’ils étaient d’abord de viande, de viande qui cuite peut-être… enfin des fruits, des corps, ceux des pillards justement pendus maintenant sans jugement, sans coup férir, parce que nous savions plus quoi faire pour éviter que tout explose, aille à vau l’eau ; ne nous racontaient pas ce qu’avaient été nos vies d’avant, avant tout cela qui était devenu presque normal, banal, quotidien certainement, ce qui faisait que nous ne faisions plus d’efforts, ne pensions plus que les choses pouvaient changer, redevenir telles qu’elles étaient dans ce passé qui se fondait lentement, chaque jour un peu plus, dans le grand rien du temps où nous allions aussi, certainement, nous fondre. Ainsi si Massaba tenait toujours, nous savions bien que ce n’était plus pour longtemps. Chacun attendait que la vie cesse avec résignation.

contrainte : écrire un texte de 10 à 15 lignes complétant les deux propositions en italiques, tirées de La Tragédie du Roi Tsongor de L. Gaudé.

Un nouveau pour le 15 août

Je le trouve fascinant. En plus, il a une voix grave et chaude comme je les aime. J’ai eu des frissons.

Bon, je n’ai pas tout compris. Il a utilisé des mots compliqués. C’est époustouflant d’écouter toutes ces idées qui s’enchaînent si facilement. Je le trouve très intelligent.

Il est un peu brouillon, non? Ces mouvements désordonnés avec les bras, ils donnent le tournis. Du coup, j’ai décroché. Je suis sûre que c’est pour cela que je n’arrivais plus à suivre son discours si brillant. Je hochais bêtement la tête pour faire celle qui écoute et approuve. Il a dû me prendre pour une conne.

Il est bizarre avec ses cheveux, non? Vous ne pensez pas qu’il est homo? Il aime peut-être aussi les filles?

En même temps, son coté poseur qui se la joue intello cool et très proche du peuple, ça me gave! Je lui aurais bien mis une baffe! Par contre, son coté motard décontracté ne cadre pas avec le reste du personnage. J’avoue craquer pour son look de loubard attardé. Je me laisserais bien tenter par un tour en moto…

Contrainte: de vieux amis réunis dans une maison de campagne pour le 15 août. Un importun est invité.

Crypto-slip : essai de définition raisonnée

Le crypto-slip est, à l’origine, une savoureuse erreur de traduction, commise par des éditeurs de bandes dessinées des îles Samoa, en 1957.

Lors des premières parutions du comics Superman dans ce sympathique archipel, les traducteurs locaux, peu au fait de la science-fiction américaine, eurent tendance à retranscrire un peu trop littéralement certains dialogues – notamment ceux impliquant le terme Kryptonite. « Nite » signifiant « culotte » en maori, et Superman paraissant toujours engoncé dans des collants trop petits, certaines bulles se retrouvèrent, par exemple, affublées des dialogues suivants :

« Ah, Loïs ! Ce crypto-slip est ma faiblesse. Je sens qu’il m’enlève toute ma puissance. Mais rassurez-vous, je serai à la hauteur. Je ne mollirai pas ! »

Ce qui explique le classement de ces ouvrages au rayon pornographie, jusqu’à la découverte de l’erreur, en 1969 seulement.

P.S. Ce modeste texte est dédié à Julien B. « Julien, tu nous as quittés trop tôt, trop jeune, trop blond. Nous ne t’oublierons pas. »
P.P.S. Superman, Kryptonite, Nike et Boursin sont des marques déposées de la World Company. Et tout ce qui est dit dans ce post est faux (îles Samoa, je vous aime !), sauf certaines phrases, notamment celles concernant Julien B.

Nous étions au Starbucks

Nous étions au Starbucks quand le Staff Manager entra, suivi d’un nouveau. Nous reluquâmes le gars. Il ne baissa pas le regard de suite. Je sus immédiatement que ça passerait mal entre lui et moi. Ce n’était pas la première fois.
Le Staff Manager fit son laïus sans même sembler y croire puis il partit se planquer dans son trou. Quand il passa la porte, Jeff cracha sur le sol. Nous savions tous qu’un jour, le tour du Manager viendrait.
Le nouveau restait là, les bras ballants, assis dessus sa chaise comme un chien mort. Il regardait sans dire un mot le café tiède que le Manager venait de lui payer avant de nous le laisser entre les pattes.J’ai attendu encore pour que le silence pèse au moins une tonne, puis je suis passé à l’attaque. « Viens », que j’ai dit au nouveau en me levant, « faut qu’on cause. » Comme il avait un peu de jugeotte et qu’il avait bien saisi qui était le chef ici, il s’est levé aussi et m’a suivi sous les sourires des autres.
Nous sommes entrés dans la réserve. On ne voyait qu’à peine les rayonnages. Il marchait juste derrière. Quand j’ai entendu claquer la porte, je me suis arrêté et, me tournant d’un seul coup, je lui ai balancé mon poing dans la figure. Il n’a rien vu venir, il est tombé avec entrain. J’ai profité de l’occasion pour lui shooter au creux du ventre, et ça a fait un bruit tout mou.
Après, j’ai saisi son col, j’ai tiré jusqu’à ce que son visage soit collé au mien, et j’ai juste dit « Un mot et t’es mort ». Son nez était une fraise toute éclatée. Je l’ai lâché, je suis ressorti. Juste avant de passer la porte, j’ai encore dit : « T’as cinq minutes pour me rejoindre, je ferai la visite. » Puis je suis retourné à mon poste à la banque de prêt. J’aime pas les nouveaux.
Contrainte : à partir de l’incipit de Mme Bovary : « Nous étions à l’étude quand le proviseur entra, suivi d’un nouveau… »

15 août comme d'habitude

Au final, je n’ai rien su de lui, rien gardé. Je n’ai plus que son image dans moi, qui s’efface lentement. Je n’ai plus que mes souvenirs, qui bougent encore un peu et finiront par mourir, eux aussi, avec moi, en même temps que moi.

Ca c’est passé comme ça, alors que nous en étions au traditionnel apéro du non moins traditionnel repas qui terminait le tout aussi traditionnel week-end du 15 août, celui que nous passions tous ensemble depuis si longtemps que je ne savais même plus quand cela avait commencé.

J’en étais à me demander si j’allais mourir d’ennui tout de suite, ou juste après les apéricubes, quand l’orage a éclaté dehors, si violent que nous sommes allées à la fenêtre pour voir cela. C’est là qu’il est arrivé, venant d’on ne savait où, courant sur le chemin sous la pluie folle. J’ai senti sa quête d’un abri, j’ai couru vers la porte pour l’ouvrir, pour lui crier de venir se mettre au sec. J’ai bien senti, à cet instant, les regards lourds des autres posés sur mon dos, leurs sourires en coin, ce qu’ils pensaient de moi à cet instant. J’ai fait comme si cela n’avait nulle importance, j’ai refermé la porte derrière lui, je l’ai regardé dans les yeux.

Ce dont j’ai souvenir ensuite est peu de choses : quelques mots échangés, un verre ou deux, le poids des habitudes avec les autres. Dans son coin, près de la cheminée éteinte, il me regardait sans cesse. Je n’ai pas saisi l’occasion.

Après, ça a été la fin de l’averse, le sol qui fumait, le soleil revenu. Il a fini par sentir qu’il était de trop. Il s’est levé, a remercié pour les verres, les rires, l’accueil. Je suis allée avec lui jusqu’à la barrière, me demandant à chaque pas si j’allais revenir dans la maison.

Je me suis arrêtée à la barrière. Il n’a pas bronché, a continué jusqu’à l’horizon. Quand je suis revenue, mon mari me servait un autre Martini.

Contrainte : de vieux amis réunis dans une maison de campagne pour le 15 août. Un importun est invité.

Le troisième jour… elle l'attendait

« Le troisième jour, il est sorti vers dix heures avec une bouteille d’eau gazeuse et deux verres, un journal sous le bras ». Elle l’attendait sous le pommier avec son sombrero décoré de fruits exotiques. Sa pose sensuelle le troubla à nouveau. Il s’arrêta et la contempla.

Ils restèrent un moment à boire gorgées par gorgées, bulles après bulles, l’eau fraîche de la bouteille. Il n’ouvrit pas son journal. Il y avait cette bicyclette rouillée qui trônait dans un recoin du jardin. Non, ils ne pourraient pas se ballader. Plus il la regardait, plus il la désirait. L’instant d’une rêverie, il s’imaginait plume frôlant, glissant et se posant à des endroits choisis de son corps. Elle se leva pour s’asperger d’eau dans le bassin à nénuphars. Quelques éclaboussures dégoulinèrent sur sa poitrine.

Elle rompit le silence en évoquant l’anniversaire de sa mère. Sa voix brisa sa langueur et l’incarna en femme pratique, rêche. Elle évoqua un a un tous les détails d’organisation sans omettre la liste des invités. Elle semblait plus fuyante derrière son débit de mitraillette. Il percevait même l’agacement et une pointe de violence dans cette volonté paranoïaque de maîtriser le réel. Elle avait peur que quelque chose lui échappe. Après une pause, elle lâcha un soupir qui la métamorphosa en femme fragile qui, soudain, doute. Il se leva pour la prendre dans ses bras. Elle hésitait à se laisser aller. Son corps restait crispé. Il l’embrassa dans le cou. Il dit avec douceur qu’elle devrait confier cela à ses soeurs, qu’elle avait besoin de se reposer, qu’elle devait oublier ce qui s’était passé. Elle pleura doucement. Elle dit que l’image du pédalo le hante. Il voulu l’embrasser mais il se dit que c’était trop tôt. Leur histoire ne faisait que commencer.

(contrainte : continuer un texte commençant par « Le troisième jour, il est sorti vers dix heures avec une bouteille d’eau gazeuse et deux verres, un journal sous le bras. » En cours d’écriture, insérer les mots suivants, révélés peu à peu par le maître de cérémonie : bicyclette, plume, anniversaire, mitraillette, soupir, pédalo.)

Cryptoclick

Le 3e jour, il est sorti vers 10h, avec une bouteille d’eau gazeuse et deux verres, un journal sous le bras.
Nous, on était toujours en planque dans une voiture pourrie, Rico butait sur ses mots croisés, et moi, je me demandais comment Emma allait réagir quand je lui dirais que j’avais encore perdu au jeu.
_ Bleu, et ça tourne, a dit Rico en plissant les yeux. Qu’est-ce que ça peut être, pour toi ?
Moi, les mots croisés, ça me gonfle, j’en fais jamais. Alors pour avoir la paix, j’ai dit :
_ Bicyclette.
_ Ah ouais, ça marche.
Sans compter qu’Emma avait prévu de s’acheter une robe pour le mariage de son frère ; elle m’en parlait sans arrêt de cette robe, mais avec quel argent est-ce qu’elle allait pouvoir l’acheter, maintenant ?
_ Tu verras, je la trouverais en un rien de temps, cette robe, m’avait-elle dit la veille. J’ai déjà le chapeau, alors…
Le chapeau en question, c’était une chose étrange, comme un tube qui aurait eu l’idée de se finir en plume violette ; moche, quoi. Mais bon, je tenais à ma tranquillité, alors la dernière chose que je lui dirais, c’était ce que j’en pensais, de son chapeau.
Mais la robe, il n’y avait pas moyen qu’elle se l’achète maintenant ; quel idiot j’avais été d’aller jouer chez Rico, au déjeuner ; je le savais pourtant, qu’il me plumait toujours. Mais c’était son anniversaire, et ça ne se refuse pas, de jouer avec un pote. Il faut bien s’amuser de temps en temps. Surtout quand on est coincé des heures dans une caisse pourrie.
Ce qui nous ramenait à notre gusse, dehors, qui lui aussi devait aller rejoindre un ami parce qu’il avait deux verres à la main. Quoique, une bouteille d’eau, c’est pas vraiment un cadeau.
_ Le bas du guidon permet de naviguer, a dit encore Rico.
Ça finissait toujours comme ça : c’était moi qui lui finissais sa grille. Il a eu le temps de se tourner vers moi, genre celle-là tu la trouveras jamais, avant que je repère que le gars dehors avait jeté son journal par terre. Et ça, si c’était pas un signal…
Les vitres ont explosé. Et merde, ai-je pensé en plongeant sous le siège, le coco nous avait repéré. La rafale a cessé presque aussitôt ; j’ai attendu un instant avant d’ouvrir la portière, toujours penché vers l’avant. La portière avait morflé ; ils y étaient allés à la mitraillette, les salauds.
Je n’ai pas entendu la portière de Rico s’ouvrir et c’était mauvais signe. A l’abri d’une poubelle, j’ai jeté un coup d’œil à notre caisse. Rico s’était affaissé contre le dossier ; il avait rendu le dernier soupir.
Dommage ; j’avais trouvé le mot qui lui manquait : c’était pédalo.

(Contrainte : début imposé : « Le 3e jour, il est sorti vers 10h, avec une bouteille d’eau gazeuse et deux verres, un journal sous le bras » ; puis introduction obligatoire des mots : bicyclette, plume, mitraillette, soupir, et pédalo (on ne sait pas quel sera le prochain mot obligatoire)

Le troisième jour…

Le troisième jour, il est sorti vers dix heures avec une bouteille d’eau gazeuse et deux verres, un journal sous le bras. Je l’ai regardé de derrière mes rideaux, j’ai pensé : « Tiens, le voilà qui ressuscite ». Ca n’a fait rire que moi. Normal. Je suis seule dans cette maison.
Lui, de l’autre côté de la rue, il essayait de monter sur sa bicyclette sans lâcher la bouteille, les verres, le journal. J’ai vu le moment où tout allait tomber, et lui avec. C’est arrivé. Il s’est étalé de tout son long et j’ai souri en pensant à la première chute du Christ : le chemin de croix recommençait peut-être, ça commençait à devenir intéressant.
Sur le goudron, il essayait de se relever, empêtré dans son vélo pourri, pâle comme les plumes nouées que j’avais senti une fois dans mon oreiller, et dont ma grand-mère m’avait dit qu’elles étaient la marque d’un envoûtement. Envoûtée, c’est sûr, je devais l’être, et depuis bien avant mon premier anniversaire, parce que j’avais accumulé depuis quelques gamelles, des gamelles de vie, un peu comme lui qui commençait à retrouver enfin ses esprits et son équilibre.
Il s’est remis debout. Les verres, la bouteille brisés faisaient des diamants sur le sol. Je l’entendais jurer à travers la fenêtre. Le journal s’envolait. Je l’avais lu ce matin. On y parlait d’une querelle vidée à la mitraillette dans les quartiers nord, ceux où je n’allais jamais, pas plus que lui, là, dehors, ahuri avec son guidon entre les mains, et son trop-plein d’alcool poussant des soupirs dans sa tête. On y parlait aussi, dans le journal, du monde qui se faisait sans nous, et c’était bien ainsi parce que le monde ne nous intéressait pas vraiment.
Il s’est stabilisé enfin sur son engin, et puis il est parti lentement le long du trottoir en poussant sur ses pieds sans pédaler, sans doute pour ne pas tomber. Je l’ai suivi des yeux, et puis je suis retournée dans ma cuisine.
Nous avions bien vieilli, lui sur son vélo, moi dans ma maison vide. Dire qu’il m’avait emmenée faire du pédalo jadis, quand nous étions enfants. Dire qu’il m’avait embrassée. Dire que je l’aimais toujours.

(contrainte : continuer un texte commençant par « Le troisième jour, il est sorti vers dix heures avec une bouteille d’eau gazeuse et deux verres, un journal sous le bras. » En cours d’écriture, insérer les mots suivants, révélés peu à peu par le maître de cérémonie : bicyclette, plume, mitraillette, soupir, pédalo.)

J'ai été Melvil Dewey

J’ai été Melvil Dewey. Longtemps. Trop longtemps. Tous ces chiffres, ces indices, ces tables, ont fini par me fatiguer. J’ai changé.
J’ai été Ranganathan, et j’ai essayé, par d’autres moyens, de dompter les livres, de les ranger, de mettre entre eux et moi un peu d’espace. Cela n’a pas marché non plus. J’ai changé à nouveau.
J’ai été Jorge Luis Borges. Je me suis laissé déborder également, même si j’ai cru un moment amadouer les mots en les enfermant dans mes propres écrits. J’y ai laissé mes yeux. J’ai changé.

J’ai été aussi Gabriel Naudé, Charles Nodier, Georges Bataille, Roland Barthes, Anatole France, Goethe, Leibniz et même, et même, Mao Zedong. Rien n’y a fait. à chaque fois, les livres gagnaient, les livres me submergeaient.

J’ai été tous ceux-là, et bien d’autres, que j’ai oublié, que je n’ai été parfois que quelques heures, quelques minutes, quelques battements de coeur. J’ai été tous ceux-là, et puis aussi, à chaque fois, tous les livres qui me passaient dans les mains, tous les mots, toutes les histoires, tous les personnages, tout ceci dans moi parlant, bougeant, se battant, faisant l’amour, ne faisant rien, parlant, parlant, parlant sans cesse au point que je ne m’y retrouvais plus, mais plus du tout.

J’ai été tout cela, ces hommes se battant contre les livres et puis les livres eux-mêmes, cet énorme désordre, ce flux continuel de mots, jusqu’au moment où il n’y a plus eu la moindre place, le moindre atome libre, dedans ma tête.

Je me souviens de ce jour-là, où j’ai été soudain rempli. J’ai cru que j’allais exploser. Mais j’ai tenu. Je tiens toujours. Je suis assis depuis dessous un arbre, avec dans moi ces voix qui parlent, qui devisent entre elles, qui bruissent lentement comme Babel bruisse. Je tiens toujours. Je regarde les feuilles vertes, puis brunes, puis envolées. J’écoute d’une oreille distraite ce qui se dit dans moi. J’attends. J’attends. J’attends que vienne le silence, enfin le grand silence.

(contrainte : débuter son texte par « J’ai été Melvil Dewey… »
La liste des bibliothécaires est issue de wikipédia, article bibliothécaire.)

Improvisation rimée

Elle est finie la belle époque des défis
Les messieurs vêtus de noir, très pâles
Qui à l’aube bien souvent vidaient et leur querelle,
Et leurs entrailles,
Dans les bois pour l’amour d’une belle.

Elle est finie la belle époque des duels,
Epées et pistolettes régnaient en cruelles maîtresses
Et l’habileté seule départageait la querelle,
Quand un mot qu’on prenait mal valait une balle traîtresse.

Elle est finie la belle époque des attaques,
Et ces mots de malandrins, spadassins et autres Apaches,
Ne sont plus aujourd’hui que des mots mort-vivants,
Que l’on prononce en songeant comme était beau l’avant.

Elle est finie la belle époque des coutelas,
Dagues, poignards, cimeterres et autres arbalètes,
Relégués depuis lors dans les profondes oubliettes.
La modernité s’appelle tronçonneuse, P.38 et machette,
Et la mort qui nous prend n’a plus même le goût de la fête.