Archives de catégorie : Textes contraints

Massaba n'avait plus de raisons de vivre…

Massaba tenait toujours, mais son aspect avait changé. La belle femme qui croquait la vie et dont le sensualité brûlait de désir nos corps avait disparu. Massaba était faible. Personne n’osait dire décharnée. Notre idole se battait comme un démon contre la blessure, contre la gangrène et contre la vieillesse. Nous avions cru qu’elle serait immortelle à force de rester la même toutes ces années. Il n’y avait pas eu de combats de trop. Il n’y avait pas eu d’excès. Il n’y avait pas eu de risques inutiles. Massaba était tombée amoureuse. Jamais une telle folie ne lui était arrivée, elle, la femme forte et insensible qui jouait avec la vie. L’amour l’avait dévorée puis emportée dans des territoires inconnus. Elle s’était livrée sans crainte à la douceur des sentiments. Joie et jouissance se mélaient avec tonnerre pour le bonheur de tous. Puis l’homme avait ri avant de la quitter. Tous les élans vitaux de Massaba s’étaient arrétés. Nets. Nous étions tous tristes et désespérés de la voir s’enfuir du monde lentement mais sûrement. Nous étions prêts à la pleurer et à la suivre dans la mort. Chacun attendait que la vie cesse avec résignation.

contrainte : écrire un texte de 10 à 15 lignes complétant les deux propositions en italiques, tirées de La Tragédie du Roi Tsongor de L. Gaudé.

Massaba tenait toujours…

Massaba tenait toujours, mais son aspect avait changé. C’était devenu un champ de ruines, une scène d’apocalypse, quelque chose sans nom en fait, un cauchemar au sein duquel nous essayions de faire comme si chaque mur brûlé, chaque rue défoncée, chaque moignon d’arbre, et les devantures des magasins pillés, que nous avions peut-être pillés nous-mêmes d’ailleurs, dont nous avions oublié que nous les avions pillés, ne nous racontaient pas, cependant que nous allions d’un quartier à l’autre pour essayer de survivre, de faire semblant au moins ; ne nous racontaient pas la vie d’avant, les feuillages bruissant d’abeilles le long des avenues, les vieux assis tranquilles dessus leurs bancs, les rires des enfants dans les jardins, les cours d’école, les marchés du matin où nous trouvions des fruits, de véritables fruits alors qu’à présent, ce qui pendait des rares arbres épargnés était d’autres fruits, des corps en fait, des corps pourrissants dont il nous arrivait de penser qu’ils étaient d’abord de viande, de viande qui cuite peut-être… enfin des fruits, des corps, ceux des pillards justement pendus maintenant sans jugement, sans coup férir, parce que nous savions plus quoi faire pour éviter que tout explose, aille à vau l’eau ; ne nous racontaient pas ce qu’avaient été nos vies d’avant, avant tout cela qui était devenu presque normal, banal, quotidien certainement, ce qui faisait que nous ne faisions plus d’efforts, ne pensions plus que les choses pouvaient changer, redevenir telles qu’elles étaient dans ce passé qui se fondait lentement, chaque jour un peu plus, dans le grand rien du temps où nous allions aussi, certainement, nous fondre. Ainsi si Massaba tenait toujours, nous savions bien que ce n’était plus pour longtemps. Chacun attendait que la vie cesse avec résignation.

contrainte : écrire un texte de 10 à 15 lignes complétant les deux propositions en italiques, tirées de La Tragédie du Roi Tsongor de L. Gaudé.

Demain, je…

Demain, je m’envolerais dans une nuée de coton.

Et le ciel sera plus bleu qu’avant, plus grand qu’avant.

Pourtant je garderai toujours dans mon coeur le souvenir des heures passées ici, à Atlanta.

Ainsi songeait la vieille dame en crinoline, assise sous le porche de la véranda, au milieu du parfum des magnolias.

Est-ce qu’on peut rêver sa mort? L’imaginer comme sa vie, dans l’élément qui la nourrit. Scarlette, à 70 ans, rêvait de mourir dans le coton -drôle de rêve-, drôle de Scarlett.

Elle avait envie de savoir si le coton qui l’emporterait serait aussi doux que ses rêves -ou presque.

(texte tournant où chacun poursuit l’esprit du texte en cours. Quelques contraintes: 1ère phrase commence par « Demain, je » ; la 3ème phrase contient « pourtant » ; la cinquième phrase contient « drôle de rêve » et la 6ème phrase se termine par « ou presque »)

Faire du sport sans complexe?

Moi aussi j’ai fait du sport ! Et Dieu sait si ce n’était pas évident à ce moment là ! C’était à une époque où je me posais beaucoup de questions. J’étais passablement entravé par la figure de mon père. J’imaginais ses exploits passés, sa notoriété, toutes les disciplines dans lesquelles il avait été susceptible de s’illustrer. J’avais du mal à trouver ma place. Le vieil aveugle de la ville me disait tout le temps : « Arrête tes conneries, tu ne pourras jamais égaler ton père ! » Et la plupart, dans son sillon, tentaient de me décourager quand je m’échinais à m’illustrer dans l’activité que j’avais choisie. Et puis, allez-y pour trouver un club de bowling ouvert tard le soir, dans cette putain de ville où tout le monde vous offre un visage décomposé quand on demande un renseignement dans la rue! Non, décidément, je crois que je ne serai jamais un grand sportif, ça crève les yeux !
Alors, en quittant Thèbes pour Colonnes, j’ai fini par me dire à moi-même : « Allez Œdipe, console-toi, il te reste les dominos ! »

(Contrainte : incipit=moi aussi j’ai fait du sport+retarder la découverte du personnage)